Tentation expressionniste (1908-1913)



À partir de 1907, Camoin s’installe définitivement à Montmartre, quartier de la bohème parisienne, et forme un couple avec la peintre Émilie Charmy. Ses recherches plastiques autour de l’expression le mènent sur une voie moins optimiste, plus inquiète – plus réflexive.


L’enjeu de sa peinture est moins de décrire une réalité extérieure que d’en traduire sa perception par une combinaison de formes et couleurs singulière. Sur la toile du tableau, se joue alors un conflit entre fidélité à l’étude sur nature, dans la tradition naturaliste, et une peinture pure, qui ne fait plus référence qu’à elle-même.

Cette tension se manifeste par des tableaux à la stylisation accrue : la composition générale est très architecturée et rythmée ; les formes sont extrêmement simplifiées, réduites à leurs éléments les plus essentiels, par de grands aplats de couleurs soulignés par un cerne noir, également présent sur les toiles contemporaines de Charmy ou d’André Derain. La palette se fait plus sombre et est déployée par des coups de pinceaux épais et nerveux.

Ses vues parisiennes révèlent souvent des cadrages audacieux, en plongée, au plus près de la cadence effrénée de la ville où les silhouettes humaines sont signifiées par de simples virgules noires. Même ses paysages méridionaux, comme ceux peints en Corse avec Charmy en 1910, gagnent en intensité. Ses compositions sont extrêmement denses, la profondeur spatiale et atmosphérique réduite au maximum et les couleurs saturées et opaques.

Si Camoin s’émancipe de l’imitation de la nature, il ne dissout pas toutefois le sujet : la figure ou le paysage sont autant de moyens pour livrer sa vision intérieure, celle à travers laquelle il perçoit intuitivement le monde.

Les œuvres de Camoin ainsi que celles de ses camarades fauves circulent à partir de 1908 dans les grandes expositions d’avant-garde européennes, en particulier en Allemagne où le peintre marseillais signe un contrat avec Ludwig Schames, marchand à Francfort.

Sans souscrire aux emphases dramatiques et à la révolte des Expressionnistes allemands, ses recherches formelles suggèrent tout autant un tourment intérieur – à la fois spleen baudelairien et angoisse civilisationnelle – celui de l’affirmation d’une subjectivité qui relève de la modernité.

Pages associées