Années fauves (1903-1907)



À la fin de son service militaire en septembre 1903, Camoin retrouve à Paris ses anciens camarades de l’atelier Moreau – Matisse, Marquet et Manguin – avec qui il met en place une peinture coloriste fondée sur l’instinct et les sensations, à même de traduire l’expérience vécue grâce à des équivalents picturaux.


Leur modèle de référence est Cézanne. Ils partagent avec lui une lecture ultra-sensorielle du paysage et sont alors avides de connaître ses propos échangés avec Camoin. Ils s’intéressent notamment à ses procédés pour organiser ses sensations sur la toile comme la condensation des formes au moyen de la couleur.

Toutefois, le groupe, qui souhaite plus encore s’émanciper de la tradition académique et de l’imitation du réel, développe une expression intuitive portée, non plus par le ton local, mais par la couleur pure.

Camoin se sert librement de la couleur pour construire son tableau à partir de touches vives et larges, posées par tâches ou en aplats dans un rendu schématique, laissant le blanc de la toile visible et donnant parfois l’apparence d’improvisation rapide. Si sa palette chromatique est éclatante, celle-ci est moins vive que celle de ses compagnons. Le jeune artiste provençal sait mieux modérer ses sensations face à cette lumière du Sud qu’il connait depuis l’enfance et où il séjourne régulièrement, parfois accompagné de Marquet ou de Manguin. Aussi, sa palette se signale par des roses, mauves, verts pastels et un bleu cobalt caractéristique. Une forme de douceur se dégage de ses tableaux, en particulier dans ses nus féminins et ses portraits.

En outre, confirmé par ses échanges avec Cézanne, Camoin se distingue de ses camarades en demeurant davantage fidèle à l’étude du motif : c’est dans le jeu des motifs même qu’il exprime les exigences décoratives de la peinture et donne libre cours à sa composition.

Depuis 1903, la petite bande expose régulièrement en groupe dans les grands Salons parisiens et à la galerie Berthe Weill à Montmartre. Mais c’est le scandale de leur exposition au Salon d’automne en 1905 qui vient marquer leur consécration : sous la plume du critique Louis Vauxcelles, ils sont désormais baptisés les « fauves ».

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