
Après sa rupture avec Charmy, Camoin part à la fin de novembre 1912 avec Amélie Matisse rejoindre Matisse à Tanger où ils logent à l’hôtel Villa de France. Les deux artistes travaillent ensemble et ont gardé un souvenir heureux de leur séjour, malgré l’hospitalisation de Camoin pour diphtérie. Ce voyage au Maroc vient apporter un nouveau souffle dans l’art de Camoin, alors très condensé et sombre.
Quoique méridionale, la lumière de Tanger constitue une véritable redécouverte pour le peintre marseillais. Située sur la côte atlantique, la ville marocaine ne jouit pas en effet du plein soleil méditerranéen et est soumise à de fréquents brouillards lui donnant souvent un caractère voilé. Face à cette ambiance si particulière, Camoin renoue avec les cadrages aérés des années fauves mais dans une facture plus atmosphérique. S’il se détache progressivement du cerne noir et de la touche épaisse, la fermeté de la ligne demeure et se combine avec délicatesse aux teintes lumineuses et douces de sa palette. Le coup de pinceau, plus fluide, restitue par un jeu de transparence de la couleur la subtilité de la lumière plutôt que des descriptions formelles et n’est pas sans rappeler les paysages peints en Égypte la même année par Van Dongen.
Les costumes chamarrés des habitants offrent également, par leurs effets ornementaux et de matière, un potentiel décoratif mais Camoin demeure, comme à son habitude, très attentif à leur physionomie dans les portraits sensibles qu’il en livre.



La production marocaine est présentée au public parisien lors d’une exposition organisée à son retour à la galerie Druet en 1914 avec un ensemble de dix-sept toiles et reçoit un accueil favorable de la critique. Jalon important dans les recherches plastiques de Camoin, ce voyage a inauguré une nouvelle manière de peindre poursuivie après la guerre de 1914-1918.
