Harmonies colorées (1919-1939)



Après un retour de guerre difficile, Camoin se marie en 1920 avec Charlotte Prost (dite Lola), originaire comme lui de Provence, et avec qui il partage désormais sa vie entre Montmartre et Saint-Tropez. Il se rapproche aussi des peintres provençaux Louis-Mathieu Verdilhan, Alfred Lombard et Victor Audibert, rencontrés dès 1913. Les années d’inquiétudes et de succès d’avant-guerre laissent place à une période de stabilité marquée par la recherche d’équilibre et rythmée par des envois ponctuels aux grands Salons parisiens ainsi que par des expositions régulières chez ses marchands Charles Vildrac et Marcel Bernheim.


La découverte de l’œuvre tardive d’Auguste Renoir qu’il visite avec Matisse en 1918 le délie de la rigueur cézanienne. Saisi par la liberté de touche et de couleur déployées par le vieux maître, Camoin prolonge la facture souple et lumineuse mise en place à Tanger dans des compositions où domine une approche sensualiste et hédoniste.

Il fait la part belle aux nus féminins, développe un nouvel intérêt pour les natures mortes et fleurs, et s’investit dans le portrait. Les nombreux portraits d’enfants renvoient aux commandes passées par des particuliers et font écho à la naissance de sa fille Anne-Marie (dite Annie) en 1933 qui donne lieu à des maternités peintes avec beaucoup de tendresse. La vie domestique et intime lui ouvre ainsi de nouvelles perspectives et évoquent les recherches contemporaines de Pierre Bonnard.

Toutefois, le paysage demeure au centre de son attention avec de nombreuses séries autour de motifs principalement méridionaux : le port de Marseille ou ceux de la côte varoise ; Cannes et sa croisette ; Saint-Tropez, son port, ses plages et son arrière-pays, Sainte-Anne et Ramatuelle en particulier ; ou encore les rives de la Seine, les moulins montmartrois ou les côtes bretonnes.

Que ce soit dans la peinture de nus, de fleurs ou de paysages, Camoin cherche à concilier les sensations colorées générées par ces motifs et la construction du tableau au prix d’un travail réflexif. L’organisation des formes sur la toile, élaborées par la couleur et la matière picturale, est autant soumise aux parties distinctes qu’aux rapports entre chacune et à l’ensemble général, ceci afin de créer une harmonie colorée équivalente à son expérience sensible : « Je ne représente pas un objet, des fleurs, une femme, des arbres, je crée une harmonie colorée » (Camoin).

Cette démarche participe d’une expressivité plastique aux fondements de l’art moderne ; toute la subtilité de l’art de Camoin est que celle-ci, bien qu’au service de la composition, est toujours étroitement développée au contact de la nature, dans une quête du Vrai au plus près du réel, et au-delà de tout dogmatisme : un réalisme lyrique.

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