

Encouragé par sa mère, après qu’il a gagné le Premier Prix de figure à l’École des beaux-arts de Marseille, Charles Camoin est admis en janvier 1898 dans l’atelier de Gustave Moreau à l’École des beaux-arts de Paris. Si l’enseignement du maître n’a duré que quelques mois – Moreau décède en avril 1898 –, les amitiés nouées avec Albert Marquet et Henri Matisse, ont été déterminantes pour la suite de sa carrière. Comme le rappelle Camoin, « Ce que je sais de [Moreau], c’est surtout par Matisse et Marquet que je l’ai appris ».



L’enseignement donné aux Beaux-Arts repose sur les dessins d’académies – d’après modèle vivant ou moulages antiques – que le professeur vient corriger une fois par semaine. Toutefois, Moreau encourage ses élèves à suivre leur propre voie et se distingue de ses collègues par une position plus libre, moins formatée. Il les incite non seulement à regarder et copier les maîtres anciens du musée du Louvre mais aussi à dessiner dans la rue.
Ce que font les trois camarades qui parcourent Paris et ses alentours pour réaliser de rapides perspectives ou croquer sur le vif la silhouette des passants dans un trait elliptique et concis. Ils travaillent souvent ensemble dans leurs ateliers respectifs, parfois rejoints par d’autres étudiants comme Henri Manguin et Jean Puy, partageant ainsi le même modèle, et s’amusent régulièrement à se portraiturer. C’est dans ce cadre de franche camaraderie et d’émulation artistique que Camoin peint ses premières œuvres dans une veine postimpressionniste où déjà un talent de coloriste et un sens de la composition se font prégnants.


Camoin est néanmoins obligé de quitter régulièrement Paris pour effectuer son service militaire de 1900 à 1903 à Arles, puis à Aix-en-Provence. Il en profite pour aller peindre sur les motifs de Van Gogh mais surtout oser se présenter à Paul Cézanne. Cette rencontre a été décisive dans la carrière du peintre : le vieux maître se prend d’amitié pour le jeune artiste – provençal comme lui – et devient son mentor. Dès lors, Camoin vient souvent lui rendre visite (déjeuners dominicaux, séances de peinture sur le motif ou encore présentations de ses toiles) et ils entretiennent une correspondance régulière, amicale et théorique, lettres conservées toute sa vie durant par Camoin comme un livre d’évangile.
