Biographie


Henri Matisse, Charles Camoin et Albert Marquet, à cheval devant un dirigeable, vers 1912, Archives Camoin

Né en 1879 à Marseille, Charles Camoin appartient à cette génération d’artistes qui fait la charnière entre les XIXe et XXe siècles. Très proche de Matisse, Manguin et Marquet, rencontrés lors de son passage dans l’atelier de Gustave Moreau aux Beaux-Arts de Paris, il participe avec eux à la « Cage aux fauves » du Salon d’automne de 1905.


Dès lors affilié au fauvisme, le jeune peintre connaît rapidement le succès, intégrant les circuits de l’avant-garde internationale. Il expose régulièrement à Paris dans les grands salons et jeunes galeries (Salon des indépendants, Salon d’automne, Berthe Weill, Daniel-Henry Kahnweiler, Eugène Druet) ainsi qu’à l’étranger, dans les grandes manifestations d’avant-garde (Galerie Mánes, Salon de la Libre Esthétique, Sonderbund et Sécession berlinoise, Armory Show…). Son œuvre est particulièrement diffusé en Allemagne où il signe en 1908 un contrat avec le marchand Ludwig Schames à Francfort.

De nombreux voyages ont ponctué la carrière de Camoin. Il quitte régulièrement Paris pour le Sud de la France où sa famille réside (Marseille, Cassis, La Ciotat etc.) et séjourne en Italie, en Corse, à Londres, en Espagne ou au Maroc… autant d’occasions d’aborder autrement la lumière méridionale que dans son Sud natal.

Camoin sur le motif, Saint-Tropez, Plage de Pampelonne, 1957, Archives Camoin


Camoin fut aussi en son temps le messager de la doctrine de Paul Cézanne. Il demeure en effet très marqué par le maître d’Aix, rencontré lors de son service militaire entre 1900 et 1903, et à qui il vouait la plus profonde admiration. Les liens étroits qu’il noue avec Cézanne, les nombreuses visites et la correspondance échangée ont influencé durablement le jeune peintre qui en fait son père spirituel : « Je vous parle comme un père » lui disait alors Cézanne.


Cette relation détermine pour longtemps le réalisme lyrique de Camoin qui partage avec le maître une lecture ultra-sensorielle du paysage et tend à concilier la spontanéité du geste coloré à l’ordonnance de la composition. Son œuvre est toujours construite au contact de la nature qu’il synthétise sur la toile au moyen d’une expression par la couleur et la matière. S’il s’affranchit du caractère descriptif de la représentation, il développe une approche personnelle fondée sur un subtil équilibre entre condensation des formes et fidélité au motif. Son but est d’obtenir une harmonie colorée équivalente à son expérience sensible selon une expressivité plastique relevant de la modernité.

Malgré les succès des débuts, Camoin demeure un éternel inquiet, souvent en proie au doute. Son œuvre connait un tournant expressionniste durant les années 1910, période durant laquelle il noue une relation artistique et amoureuse avec la peintre Émilie Charmy. Les destructions des toiles de son atelier sont fréquentes. L’épisode le plus célèbre est celui de juin 1914 – la fameuse « affaire des toiles coupées » – à l’origine d’un procès contre le marchand Francis Carco et dont le verdict en 1931 a constitué l’un des cadres initiateurs de la législation de la propriété intellectuelle.

Après sa mobilisation durant la guerre de 1914-1918, dont il ressort psychologiquement meurtri, Camoin partage sa vie entre son atelier de Montmartre et celui de Saint-Tropez où il s’installe en 1921, avec son épouse Charlotte Prost (Lola), bientôt rejoint par leur fille Anne-Marie (Annie), née en 1933. À partir des années 1920, son œuvre est représentée par les galeristes Charles Vildrac et Marcel Bernheim.

En 1955, il est nommé officier de la Légion d’honneur et Grand Prix de la Biennale de Menton. Une grande exposition rétrospective lui est consacrée en 1961 aux Hammer Galleries à New York où il se rend avec son épouse. Alors dernier survivant du groupe initial des fauves, il s’éteint en 1965 dans son atelier montmartrois.

Charles et Lola Camoin à bord du Flandre, traversée de l’Atlantique, mai 1961, Archives Camoin

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